Lagoon 42 à vendre
L'avis de Anselme Martin
Publié le
Le Lagoon 42 est le catamaran le plus vendu de sa génération. C'est aussi le plus imité, le plus copié, et paradoxalement l'un des plus mal compris.
Mal compris, parce que beaucoup de ses acheteurs arrivent avec l'image du catamaran idéal — stable, rapide, spacieux, insubmersible — et découvrent un bateau qui est tout cela, mais avec des conditions d'emploi précises. Le Lagoon 42 ne pardonne pas l'improvisation. Il récompense généreusement ceux qui savent ce qu'ils font, et il met en difficulté ceux qui l'abordent comme un grand appartement flottant sans prérequis nautiques. Commencer par là, c'est rendre service aux futurs propriétaires.
Ce que le Lagoon 42 fait mieux que quiconque dans sa catégorie, c'est l'expérience de vie à bord au mouillage. Nul besoin d'en faire une démonstration longue : un carré de 15 mètres carrés entièrement vitré à 360°, une cuisine en L digne d'un appartement, quatre cabines avec chacune leur salle d'eau privative, un cockpit extérieur protégé par une bimini permanente, et une plateforme arrière qui flirte avec la surface de bain d'une piscine. Pour une famille de quatre ou un groupe de six amis qui passe une semaine dans les îles grecques ou aux Antilles, c'est une proposition sans équivalent à ce prix dans la navigation à voile.
La carène en W et le plan de pont sont l'œuvre de l'architecte Van Peteghem Lauriot-Prévost — le duo qui a dessiné les Lagoon depuis des décennies et qui a parfaitement calibré cet équilibre entre volume habitable et performances acceptables. Car c'est là que le Lagoon 42 demande à être honnête : ce n'est pas un catamaran de performance. À 6-8 nœuds de vitesse à la voile par vent de travers, il est dans sa zone de confort. Les marins qui viennent du monocoque en espérant des surfs spectaculaires au portant repartiront légèrement déçus — ou découvriront qu'ils doivent changer leur façon de naviguer, ce qui n'est pas une mauvaise chose.
Le sujet charter vs propriétaire est central sur ce modèle et il est rarement traité avec suffisamment de clarté. Le marché de l'occasion du Lagoon 42 est massivement alimenté par des unités sorties du charter méditerranéen ou caribéen après 3 à 5 saisons d'exploitation. Ces bateaux ont souvent été maintenus en état correct par les sociétés d'affrètement, mais ils ont navigué en charge maximale, avec des équipages successifs de niveau très variable, et les petits détails — sellerie, accastillage de pont, électronique, état des voiles — portent les marques d'un usage intensif. La différence de prix entre un Lagoon 42 "version propriétaire" et un "version charter remis en état" peut paraître faible à l'achat et se révéler considérable dans les 12 premiers mois de possession. L'expertise marine indépendante n'est pas une option sur ce modèle — c'est une nécessité absolue.
Les points de vigilance techniques spécifiques au Lagoon 42 : les demi-coques sont en stratifié polyester, et l'osmose est fréquente sur les exemplaires qui ont passé leur vie à flot sous les Tropiques ou en Méditerranée sans séchage hivernal. Les moteurs Yanmar 57 cv sont fiables mais approchent ou dépassent les intervalles de révision majeure sur les unités de 2016-2020 — comptez 3 000 à 5 000 euros par moteur pour une révision sérieuse. Les voiles des unités charter sont souvent usées bien avant l'heure et le remplacement d'une grand-voile de 72 m² avec lazy jack et lattis représente 8 000 à 14 000 euros selon la qualité choisie.
Notre fenêtre d'achat sur le marché de l'occasion : les millésimes 2019-2021 en version propriétaire 4 cabines, bien équipés (dessalinisateur, générateur, pack électronique B&G complet), avec moins de 2 000 heures moteur cumulées et une osmose traitée, se négocient entre 370 000 et 440 000 euros selon la localisation et l'état. C'est le segment le plus rationnel : décote acquise, bateau moderne, années de navigation devant lui. Les unités de 2016-2018 sont plus accessibles mais approchent l'âge où plusieurs investissements simultanés deviennent probables.
La comparaison inévitable avec le Fountaine Pajot Astrea 42 : les deux bateaux sont en concurrence directe et leurs propriétaires respectifs en débattent avec passion. Globalement, le Lagoon 42 a un avantage sur l'habitabilité et le design du carré central ; l'Astrea 42 est souvent perçu comme un peu plus marin dans son comportement sous voile et sa construction. Ce ne sont pas des différences rédhibitoires de part et d'autre — ce sont des nuances de philosophie. La décision finale se joue souvent sur le ressenti lors d'une navigation d'essai, et nous recommandons fortement de la faire avant d'engager un tel budget.
Notre verdict : le Lagoon 42 est à la croisière en catamaran ce que l'Antares 9 est à la plaisance moteur : le bateau de référence absolue dans sa catégorie, celui que tout le monde connaît, que beaucoup convoitent et que les propriétaires sérieux ne regrettent pas. À condition d'y mettre le budget d'acquisition et de maintenance qu'il mérite, et de naviguer dessus — vraiment naviguer, pas seulement mouiller — c'est l'une des expériences les plus accomplies que la plaisance à voile puisse offrir.






























